Sur les traces des Jacquets 

L'important ce n'est pas le but, l'important c'est le chemin. 

L'Europe par les Chemins de St-Jacques de Compostelle 

Caminoropa 

 

 

 A propos - Contact - Accueil                                                                               Copyright 2021                                                                                         

château de Josselin
Gap

de la ville des Moines au port de Lindau - avril 2012 

port de Lindau
allée des tilleuls vers Marktoberdorf
Wessobrunn
l'Isar
Genhofen, porte de sacristie
vue sur l'Allgaü et les Alpes bavaroises
la "Wies"
église St-Jacques de Schondorf
place et église St-Jacques

Munich - Berg    

35 km 

  

Je salue la statue à l’entrée de l’église St-Jacques, sur la place du même nom et observe un instant le panneau accroché au mur nord de l’église, avec la coquille jaune sur fond bleu et la devise des pèlerins «Dios ayuda y Santiago». Je traverse la petite place puis l’imposante Marienplatz, devant l’Hôtel de ville. La majestueuse Bavaria constitue l’emblème de Munich, à l’instar du de la Tour Eiffel à Paris. Cette colonne surmontée d’une statue de la Vierge à l’enfant, entièrement dorée, fut érigée en 1638 en remerciement pour avoir épargné à la ville sa destruction par les Suédois. Je passe devant l’ancien hôtel de ville et atteins rapidement l’Isartor, la plus célèbre porte d’entrée de Munich, en droite ligne du Ludwigsbrücke. Henri le Lion (1129-1195) a bâti en 1158 un nouveau pont en bois à cet endroit, ce qui lui permettait d’exercer un contrôle total du trafic des marchands et de prélever à son profit les taxes. Cette année est dès lors considérée comme celle de la fondation de Munich. Le Ludwigsbrücke est resté pendant 600 ans la seule possibilité pour entrer dans Munich. Passé l’Isar, je bifurque à droite et arrive au Deutsches Museum, le plus grand musée technique au monde, situé sur une île au milieu de l’Isar. Il enseigne toutes les techniques de l’industrie et des sciences des débuts à nos jours. Un jour ne suffit de loin pas à le visiter. Il est fréquenté par de nombreux visiteurs en ce dimanche après-midi maussade. La célèbre et immense horloge solaire accrochée sur une façade nous domine, face au soleil au milieu de la cour. Ici commence un sentier des planètes long de 4,6 km jusqu’au zoo. Le pas d’un adulte représente 1 mio de km dans l’espace. Du soleil jusqu’à Pluton, un adulte doit en faire environ 5900. Cela nous fait quelque peu réfléchir sur notre importance toute relative. Il est par ailleurs sympathique de commencer ce chemin à Munich par un sentier des planètes, en se rappelant que le chemin de Compostelle est aussi appelé «Chemin des étoiles». Passé le zoo je longe toujours l’Isar dans une nature étonnamment sauvage et préservée, si près d’une ville aussi importante. J’apprends par mon guide que c’est en fait grâce à l’intervention de M. Gabriel von Seidl, au tout début du 20e s., qui a défendu avec courage et acharnement la préservation de cette nature, en créant la société de la vallée de l’Isar. Les Munichois reconnaissants profitent avidement des larges espaces sauvegardés pour se détendre et se promener, sous toutes formes de locomotion douce, p. ex. en cheval. 

 

Je longe l’Isar sur la rive orientale pendant une demi-heure environ, passe à côté de trois ponts et traverse à nouveau le fleuve sur une passerelle métallique pour piétons et vélos, la Mariensteg ou Marienklause. Sur la rive occidentale, je roule à bonne allure jusqu’à Hohenschäftlarn. Je gravis la colline sous une pluie battante et m’accorde alors une petite pause. J’hésite à faire le détour pour relier le couvent de Schäftlarn, 2 km plus bas. Son origine remonte à l’an 762 et l’église baroque enferme selon le guide des Hanna de magnifiques fresques. Au vu des conditions météo et de l’heure, je fais l’impasse sur cette visite et continue plein ouest, à travers champs et forêts, en direction de Neufahrn. Au milieu de nulle part, dans la forêt, surgit une chapelle avec  une coquille jaune sur fond bleu, qui se détache sur le mur au-dessus de l’entrée. C’est très étonnant de trouver un tel bâtiment à cet endroit, mais il devait sans doute s’y trouver avant la construction de l’autoroute, laquelle passe à 50 m de là. Je m’arrête avec plaisir et découvre à l’intérieur un très bel autel à la Madone, avec à son pied un panier rempli de coquillages. Un papier écrit sans doute par une ancienne pèlerine invite à se servir et à en utiliser en guise de porte-bonheur. J’en choisis un et regrette de ne pas avoir pris avec moi de quoi écrire pour la remercier. Voilà qui remplace ma visite manquée du couvent de Schäftlarn.  

 

Je passe ensuite sous l’autoroute et constate sur ma carte que la route n’est plus très longue. J’arrive à une bifurcation à Harkirchen et un panneau explique que le visiteur doit choisir entre le chemin rouge, qui prend au nord puis à l’ouest sur le Manthal, ce qui est la voie la plus directe. L’autre variante signifie un détour vers le sud mais promet la visite de l’église de l’Assomption à Aufkirchen, décrite comme un véritable bijou et possédant une statue de St-Jacques. J’avais étudié mon itinéraire sur le livre des Hanna et puisque je suis en vélo, j’avais déjà prévu de choisir cette variante «rallongée». 

  

 

Berg/Aufkirchen - Hohenpeissenberg  

80 km 

  

Le temps s’est considérablement aggravé durant la nuit puisque la neige s’est mise de la partie  ! Heureusement, je me rends compte que cela ne peut que s’améliorer, car je vais rapidement perdre de l’altitude une fois Aufkirchen et Berg derrière moi. La visite de l’église d’Aufkirchen valait assurément ce détour, et une sympathique bonne soeur me remet le premier sceau du chemin pour ma credential. En passant à Leoni au bord du lac de Starnberg j’ai une pensée pour Louis II de Bavière, le roi des rêves, qui a trouvé ici la mort de manière très mystérieuse. Original et mélancolique, il venait volontiers au printemps sur ces rives et notamment sur l’île aux roses, où il rencontrait avec beaucoup de plaisir sa cousine Sissi. Louis II n’avait au goût de certains pas la stature d’un chef d’état et contractait avec ses constructions extraordinaires beaucoup de dettes. La Bavière a pourtant depuis longtemps récupéré son argent grâce au tourisme lié à ses châteaux. Je suis un peu frustré de ne pas m’arrêter au célèbre monastère d’Andechs, mais comme à Schäftlarn il se situe à une certaine distance du village et le temps vraiment exécrable me dissuade de faire trop de détours. Il faut tout de même savoir que la Bavière est un pays de couvents, dont certains ont été fondés au 8e s. déjà. La sécularisation de 1803 a mis une brutale parenthèse d’une cinquantaine d’années à cette vie monastique, jusqu’à la décision du roi Louis Ier de les restituer. On en compte de nos jours quelque 300 au total.  

  

Arrivé au bord de l’Ammersee, à Herrsching, je constate que le prochain bateau n’arrivera pas avant 2 heures de temps. Je préfère donc continuer, même sous la pluie, car je suis très impatient d’arriver à Schondorf et voir enfin sa fameuse église St-Jacques décrite dans le guide des Hanna. J’arrive dans un village que je n’identifie pas tout de suite et passe sans remarquer l’église, qui se trouve en contre-haut, face au débarcadère, à côté du café Seepost. Grâce à une promeneuse rencontrée 2 km plus loin je m’aperçois de mon erreur et rebrousse chemin, non sans pester sur ma distraction. La particularité de l’église St-Jacques de Schondorf est son style roman, qui ne cadre pas du tout avec les églises baroques qui jalonnent ce chemin. Il s’agit en fait d’un type d’église que l’on rencontre semble-t-il communément dans les villages entre Le Puy et Compostelle. Pourquoi et comment cette église a été construite en 1149 à cet endroit, où ne passe a priori pas même un chemin de pèlerinage, demeure un mystère. Il n’est pas prouvé s’il s’agissait d’une église pouvant servir de refuge en cas d’attaque ou d’un gîte pour pèlerins. Même si Schondorf se situe à 4 km de distance d’une route romaine, qui devait être empruntée par la suite par les pèlerins, il n’est pas impossible, comme en France, que les pèlerins faisaient un détour pour visiter une église ou un couvent célèbre. On remarque côté ouest une ouverture condamnée, à 5 m de haut. Des gens ont donc certainement accédé à cet emplacement pour s’y reposer. Une statue de St-Jacques colorée sur l’autel principal tranche avec l’intérieur de l’église, très austère. Il n’y a pas de fioritures comme au temps de l’art baroque, sans doute en raison d’un manque d’argent, mais l’ambiance qui s’y dégage est très prenante. 

  

   

Je me remets en route plein sud en longeant le lac jusqu’à Diessen. Je fais l’impasse sur la visite de l’église Ste-Marie car je dois m’atteler sans plus tarder à franchir la principale difficulté de l’étape, soit la longue montée jusqu’au Schatzberg, sur des routes carrossables. Je ne passe pas à côté de la «fontaine Mechtild» une source aux propriétés curatives, du nom d’une sainte qui aurait vécu ici il y a près de 900 ans. Me voici finalement arrivé  au couvent de Wessobrunn sous un ciel enfin sec. Il fut jusqu’à la sécularisation un des plus importants de toute l’Allemagne. Il fut fondé en 753 par le comte Tassilo, neveu de Pépin le Bref, qui avait vu en rêve une fontaine sortant de terre en forme de croix et une échelle menant au ciel. Un de ses compagnons, nommé Wesso, l’aurait conduit jusqu’à une source et un couvent fut donc construit à cet emplacement. Il ne reste malheureusement plus grand chose du couvent originel occupé par les Bénédictins. Les 2/3 des bâtiments, y compris l’église, ont été détruits en 1803. Il ne reste plus qu’une tour datant de 1250, à côté de l’église restaurée du milieu du 18e s., qui rappelle quelque peu l’architecture originelle de ce couvent. Le livre des Hanna nous apprend que ce village de Wessobrunn est en fait le berceau de toute une école de bâtisseurs et de sculpteurs dont la renommée dépassera de loin les frontières germaniques, puisque entre les 17e et 18e s., plus de 1000 artistes oeuvrant dans plus de 3000 églises et châteaux auront démontré leur grande habileté dans l’art baroque, à Versailles, Rome, en Espagne et jusqu’au Mexique. Je reprends ensuite la route pour la dernière partie de cette étape, constituée d’une succession de collines et de pâturages, sur des routes souvent fort boueuses, d’autant plus que je me risque à suivre un chemin pédestre. Mal m’en a pris puisque je me retrouve à pousser mon vélo le long d’un chemin en palier. C’est avec un certain soulagement qu’à la sortie d’une forêt je distingue, sous la neige, le «Haut Peissenberg» droit devant moi. Je vais bien entendu m’épargner la montée jusqu’à son sommet et choisis de mettre un terme à cette étape plutôt physique, surtout avec une telle météo. 

 

 

Hohenpeissenberg - Kempten  

80 km 

  

Ce matin le temps est redevenu clément, quoique très frais, et c’est depuis Rottenbuch, soit en évitant les gorges de l’Ammer, fort peu indiquées pour les cyclistes, que je débute cette étape. Je me trouve à présent dans le «Pfaffenwinkel», région des Préalpes bavaroises, avec une nature admirablement préservée, des villages authentiques et surtout des édifices religieux tout empreints de ce style baroque ou rococo qui convient si bien à ce coin de terre. Le baroque voulait dire à l’origine «absurde». Ce style a vu le jour en Italie au 16e s. et est arrivé environ 100 ans plus tard en Bavière. Une fois accepté, ce style architectural aura été utilisé jusque dans les moindres recoins. Outre les couvents, ce sont particulièrement les églises des villages qui en ont bénéficié, avec leur jolis clochers en forme de bulbe, en d’infinies variations. Ces clochers se fondent particulièrement bien dans ce paysage si verdoyant et ondulant, avec ses vaches, ses chevaux et son panorama extraordinaires sur les Alpes bavaroises encore enneigées. La visite de l’église classée depuis 1983 par l’UNESCO dans le couvent de Rottenbuch, qui fut fondé en 1073, constitue l’un des points forts du chemin de Munich. 

  

L’église a été constamment rénovée et embellie. Elle fut consacrée avec son style rococo en 1749, d’après les plans du plus célèbre artiste de Wessobrunn, Joseph Schmuzer. On ne remarque rien de particulier depuis l’extérieur mais une fois à l’intérieur, on reste bouche bée devant la profusion de fresques et de sculptures. Du blanc, du bleu et de l’or partout, qui racontent notamment la vie de St Augustin. L’église a été fondée à la suite d’un miracle où une jeune femme aurait vu pleurer une statue du Christ flagellé, qui avait été sculptée par deux moines. On pourrait y passer des heures et on n’aurait pas encore vu tous les détails de ce chef-d’oeuvre de l’art baroque. L’église surnommée «Wies» (la prairie) n’a pas usurpé sa réputation de plus belle église de l’Oberbayern et même du monde dans le style rococo. La nef de l’église fait penser au ciel, à tel point que les habitants parlent de «ciel dans le pré». On distingue notamment le «trône de l’éternité» . 

 

 

Après la visite de ce chef-d’oeuvre, je poursuite en direction de Steingaden, qui abrite également une très belle église et un couvent, datant de 1147. Je découvre après cela un paysage formé de prairies et de ruisseaux, extrêmement verdoyant, appelé «Moor». C’est une région marécageuse formée après la fonte d’un glacier il y a 15000 ans. Un très grand nombre de plantes diverses peuplent la vallée. A ce paysage se succèdent ensuite des collines formées par les moraines et je finis par atteindre le lac artificiel Lech, où se jette la rivière du même nom, à  Lechbruck, sur la rive sud. Selon mon guide, les gens vivaient dans la région du flottage des troncs sur la Lech et un certain nombre y a laissé la vie dans cette dangereuse activité. Je passe sur l’autre rive par le côté opposé, au lieu dit Urspring et file jusqu’au village de Bernbeuren. Le mont Auerberg, 1055 m, surnommé le Rigi souabe, se dresse devant moi. Il y aurait certes la possibilité de le contourner et m’épargner ainsi une montée à 14 %. Je décide cependant de profiter de la vue, avec un ciel ensoleillé et me mets en route pour le sommet, où doivent se trouver un restaurant et une chapelle, au terme de 5 km d’effort. Je prends ma pause casse-croûte en profitant à fond du panorama qui s’offre au promeneur. 

 

 

Au bout d‘une heure, j’arrive au but. Les champs sont encore recouverts d’un blanc manteau, reliquat des giboulées de la veille. Je passe à côté d’un chemin romain, totalement recouvert de neige. Après la conquête de la région de la Rétie par les beaux-fils de l’empereur Auguste, vers 15 avant J.-C., pour s’assurer d’une frontière sûre au nord de l’empire, au bord du Danube, une route importante reliant Bregenz à Salzburg, la Via Claudius Augustus, a été créée. Une foule importante de soldats et de marchands a parcouru la région. Il est vraisemblable que cette route suivait déjà des chemins ouverts par les Celtes. La route romaine traversait l’Allgäu vers Füssen et l’Auerberg. Les archéologues ont patiemment cherché et mis à jour des portions de routes et des monuments ou des bornes les jalonnant. Dès le 10e siècle, ces vieilles routes romaines ont beaucoup servi au transport de sel. Les pèlerins ont profité plus tard de ces voies directes et «confortables» pour avancer rapidement vers Compostelle. Pour ma part, je  me dirige droit sur la chapelle St-Georges, qui trône tout au sommet de la montagne. L’endroit est désert, propice à la méditation. Je repars tout ragaillardi après avoir garni ma credential d’un nouveau timbre. La descente est vertigineuse et je traverse ensuite une région seulement peuplée de rares fermes isolées. Je me trouve maintenant dans la partie souabe de la Bavière. Je passe dans le village de Bertoldshofen et visite la belle église St-Roch, un autre patron des pèlerins. Une belle statue du saint en bois et en pied est dressée vers un autel dans l’aile droite de l’église. Particularité, un autel est préparé tout exprès pour les pèlerins de St-Jacques. La prochaine ville sur le chemin est Marktoberdorf, que l’on approche par une longue allée de tilleuls vieux de 200 ans, qui mène sur 2 km jusqu’au château. La ville est très ancienne. Les Alamans sont venus dans la région au 3e s. puis les Francs s’y sont installés au 8e s. et la ville a continué à prospérer jusqu’à nos jours. Le château, très discret, fondé en 1453 à côté de l’église St-Michael, très similaire à celle de Bertoldshofen dans son beau style baroque, forme un ensemble très réussi. Ce n’est pas très surprenant puisqu’ils ont été construits par le même bâtisseur.  

 

 

La dernière partie de l’étape du jour est constituée par la jolie descente en direction du village de Görisried. Peu avant d’y arriver, le chemin bifurque à droite dans la forêt de Kempten. On y trouve une curiosité naturelle, soit un immense bloc hiératique appelé «Dengelstein» de la dernière période glaciaire. Il mesure 8 m de haut et pèse 1250 t. C’est assez impressionnant de se dire qu’un tel «monstre» de pierre a simplement été transporté jusqu’ici pendant des milliers d’années par un glacier. La traversée de la forêt de Kempten est longue. La fatigue se fait de plus en plus ressentir et c’est avec soulagement que j’atteins la plus grande ville de l’Allgäu, qui compte plus de 60’000 habitants.  Fondée par les les Romains (Cambodunum) en 20 av. J.-C., elle figure parmi les villes les plus antiques de toute l’Allemagne.  

  

 

Kempten - Lindau  

94 km 

  

Les fouilles archéologiques ont mis à jour beaucoup de ruines romaines. Un grand site se trouve près de la rivière Iller. Je ne prends toutefois pas la peine de visiter les ruines. Je préfère m’attarder un peu dans le centre ville, où c’est jour de marché. Une visite de l’impressionnante église St-Lorenz, avec ses deux tours et sa grosse coupole, constitue le point de départ de cette longue journée. Je reprends la route sous un ciel très bas, en direction de Weitnau, distante d’une trentaine de kilomètres. Le mont Buchenberg (1035 m) constitue la première gâterie du jour. Le temps se détériore et c’est dans le froid et sous une pluie battante que je passe le village de Buchenberg. Je suis assez impatient de me rapprocher de ma première étape, mais je m’aventure sur un chemin cyclable qui me rallonge passablement le trajet. Heureusement je suis récompensé lorsque j’atteins le village de Weitnau, qui abrite lui aussi un petit bijou avec son église néo-gothique, une explosion de bleu, de rouge, de peintures et de tapisseries aux murs. Il faut un petit moment avant de découvrir St-Jacques, dans l’autel, près de Marie. 

  

Le temps assez maussade m’empêche quelque peu de goûter à sa juste valeur la traversée de l’Oberallgäu, qui est pourtant la plus belle de toutes les régions sur le chemin de Munich. C’est une succession de petits villages et hameaux, de magnifiques fermes, de collines verdoyantes avec une vue magnifique sur les montagnes de l’Allgäu et les Alpes bavaroises, derrière lesquelles on imagine l’Autriche. C’est donc une succession de montées, de descentes et de traversées de vallons qui m’attend pour cette dernière partie. Je m’accorde une petite pause dans la petite église St-Stephan (1495), à Genhofen. La porte de la sacristie est décorée par des fers à cheval. Ils rappellent que Genhofen était un point de passage important pour les marchands de sel, qui suivaient comme déjà dit les anciennes voies romaines. Comme il y avait une montée assez raide à cet endroit, le maréchal-ferrant était quelqu’un de très demandé, pour changer et fixer les fers des chevaux, mis à rude contribution. Les paysans du coin qui aidaient les marchands à faire passer leur chariots recevaient ainsi une contrepartie financière loin d’être négligeable. Après mon départ, je me rends compte que j’ai oublié le livre des Hanna dans l’église. Comme le jour avance et qu’il s’agit de la dernière étape, je ne peux pas revenir sur mes pas et dois continuer vers  Weiler Simmerberg. Après une brève hésitation, je m’en tiens au programme initial, à savoir me diriger sur Lindau. Je dois admettre que si j’avais eu le sentiment que Bregenz était plus proche, j’aurais volontiers changé d’idée, tant je me sens fatigué et transi de froid. Par bonheur, en évitant au maximum tout détour «hasardeux», je roule rapidement vers Lindenberg et avale ce dernier tronçon sans aucun problème. Contrairement aux jours précédent, je n’hésite cette fois pas à suivre la route principale, appelée «Deutsche Alpenstrasse», qui fait la liaison entre l’Autriche et l’Allemagne. Par chance le trafic est assez modeste, ce qui doit être bien différent en haute saison. 

  

Après une descente assez vertigineuse, j’atteins en début de soirée Lindau, au bord du lac de Constance. Surnommée la Venise souabe, elle est passée entre l’an 800 du stade petit village de pêcheurs à une ville prospère en 1805, avec la construction d’un couvent et l’annexion à la Bavière en 1805. Je regrette de ne pas avoir plus de temps pour découvrir cette ravissante cité, bâtie sur une île, et reliée à la terre ferme par un pont et un tunnel ferroviaire. La vieille ville est admirablement bien conservée et beaucoup de gens profitent d’une température plutôt printanière pour se promener sur les quais du port. Le vent fait passer plus au loin les nuages de pluie. Ce sont vraiment des conditions que j’apprécie, après avoir dû affronter des conditions «post-hivernales». C’est une invitation à la flânerie et je parcours ainsi plusieurs fois les belles rues pavées, en passant devant les deux églises réformée et catholique. Cette dernière est malheureusement fermée. Les pèlerins qui désireraient continuer sur la Suisse et Einsiedeln auraient la possibilité de faire la traversée du lac en bateau. Pour ma part, ma route s’arrête ici mais je me promets de revenir dès que possible dans la région pour continuer le chemin. 

Au temps des premiers pèlerins, Munich n’était encore guère plus qu’une colonie «des moines», où une modeste chapelle dédiée à St-Jacques se trouvait sur un pré au lieu dit «Am Anger». Les pèlerins en provenance d’Europe centrale et de l’Est pouvaient rassembler de nouvelles forces avant de poursuivre vers Compostelle, encore distante de 2700 km. Les moines franciscains sont arrivés en 1221. La chapelle a été agrandie et un couvent a finalement vu le jour. Les soeurs Clarisses, ou «Ordre des Pauvres Dames», ont pris possession des lieux en 1284. Après la sécularisation, le roi Louis Ier de Bavière a remis de nouveau le couvent aux bons soins des Clarisses et le bâtiment a retrouvé sa fonction originelle. Il a été entièrement détruit durant la Seconde Guerre mondiale et a dû être totalement reconstruit. Les «Pauvres Dames» honorent encore le but originel de cette église et célèbrent régulièrement des offices au terme desquels les pèlerins reçoivent la bénédiction ainsi que le bourdon, la besace et des intentions de prière. La place St-Jacques se trouve près de la Sendlinger Tor, à deux pas du coeur de la cité, la Marienplatz. Il s’agit du point de départ idéal pour un pèlerinage vers Compostelle. Le temps est à la grisaille mais je suis impatient de me mettre enfin en route, après tous ces mois d’attente. Comme en automne dernier et pour toute cette année 2012, mon moyen de locomotion sera le vélo. J’emporte avec moi le formidable livre de Monika et Reinhold Hanna, qui ont parcouru en 120 jours le Chemin de Munich à Compostelle et ont pris l’initiative en 2003 de faire baliser entièrement le chemin de Munich jusqu’à Lindau. J’ai tiré de leur ouvrage la majeure partie des informations. Je les remercie également pour leurs précieux conseils avant mon départ et leur dédicace ce voyage. 

Le Chemin de Munich